La recolonisation du milieu après des crues morphogènes

Tous les Cévenols s’en souviennent mais pour rappel,  les épisodes pluvieux de septembre 2020, jusque là typiquement cévennols, ont eu pour effet sur les bassins versants du Gardon et de l’Hérault la création d’une crue centennale, avec une montée très rapides des débits. Les pluies intenses face aux conditions d’étiages du territoires ont fait gonfler le moindre valat en un torrent de plusieurs mètres cubes.

Comportement général des poissons faces aux crues

Une crue régulière est de toute façon indispensable pour la bonne santé de la rivière et joue un rôle important dans les dynamiques de population piscicole. Ce sont les individus à faibles capacité de mouvement, comme le chabot ou la loche, qui vont être les plus impactés par les crues, pouvant subir une importante mortalité lors d’épisodes extrêmes. Chez la truite, les mortalités induites par ces augmentations de débit vont dépendre du niveau d’intensité et de la couverture spatiale de l’épisode hydrologique. Alors que la mortalité va également dépendre de la classe d’âge (les individus les plus âgées ayant une meilleure survie), le comportement de recherche de zone de refuge se voit inefficace en terme de survie lors d’épisodes associés à une forte mobilisation des matériaux sédimentaires. Lors de ces cas extrêmes, la dévalaison des individus, volontaire ou forcée, est le principal facteur de survie pour trouver refuge dans des conditions d’hydraulicité et de transport sédimentaires plus favorables.

 

Crue de 2020 sur le Gardon

Impact de la crue de 2020 sur le Gardon

A la suite des épisode pluvieux, la Fédération s’est rendue sur ses stations de suivi en octobre 2020 pour constater l’impact direct sur le milieu. De manière générale, le Gardon (dans sa partie cévenole) a vu la largeur de son lit mineur augmenter ce qui a entrainé l’homogénéisation des écoulements et la proportion de faciès de type « plat ». La crue a mobilisé une quantité importante de sédiment car les zones profondes se sont comblées, les blocs de certain secteur ont été dégagés et les berges se sont érodées.

D’un point de vu piscicole, les effectifs globaux ont chuté, conséquence directe de la soudaine augmentation de débit : certaines espèces se sont retrouvées manquantes (barbeau méridional, blageon, goujon), mais quelques truites voire même des truitelles (!!) semblent avoir réussi à trouver refuge pendant les crues.

Alors qu’une recolonisation naturelle des secteurs amont pouvait être attendue, la Fédération avait souligné plusieurs contraintes à ce retour, en plus du réchauffement climatique :

  • La détérioration des habitats,
  • Les affluents, habituellement zone refuge, qui ont été également touché par ces modifications morphologiques
  • Le cloisonnement du cours d’eau par des obstacles infranchissable, limitant fortement la remontée vers l’amont des espèces.

 

Colmatage observée

Création d’un atterrissement et érosion des berges

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les résultats 3 ans après

En reprenant le suivi du Gardon à St-André de Valborgne (centre-ville) en 2021, les barbeaux méridionaux et blageons étaient à nouveau présent et les densités de truites augmentées par rapport à l’année précédente.

En 2023, l’inventaire en amont de St André de Valborgne a mis en évidence une structure de la population de truite fario bonne, avec la présence de toutes les classes de tailles et une bonne proportion de juvéniles. La biomasse est alors dominée par la truite, ce qui est attendue pour une rivière salmonicole. De même, les abondances des autres espèces présentes sont conformes aux attendues, malgré une abondance en truite légèrement inférieure. Les espèces de barbeau méridionaux et de blageon sont cependant absentes sur ce secteur amont, pouvant être dû au fait de leur sensibilité vis-à-vis de la fragmentation de leur habitats par des obstacles.

Cependant, les affluents ne sont pas tous égaux et leur résultat peuvent être disparate. Comme évoqué, la détérioration des habitats favorable à la vie piscicole a pu être très importante à l’échelle d’affluent entier. Ainsi, le comblement des zones profondes, le colmatage des graviers et l’homogénéisation des écoulements vers une faciès de type « plat » apparaît trop limitant pour la recolonisation de certains ruisseaux. Sur le Valat de Roumegou par exemple, seuls quelques individus de vairons ont pu être retrouvés.

 

Truite retrouvée sur le Gardon à St André de V.

Valat du Roumegou en 2023

En conclusion, les populations semblent recoloniser le cours principal mais restent limitées par les températures à la hausse des eaux. Les affluents secondaire quant à eux semblent avoir été trop impacté morphologiquement pour un quelconque retour à la normal pour le moment.

Attention: réglementation spécifique en vigueur et poursuivie pour 2024 (voir dépliant réglementaire)