Derrière ses reflets argentés se cache une voyageuse hors du commun… Chaque printemps, l’Alose feinte de Méditerranée entreprend une migration fascinante entre mer et rivière afin d’assurer la survie de son espèce. 

Vers le mois d’avril, l’Alose feinte de Méditerranée (Alosa agone) souhaite quitter la mer où elle passe l’essentiel de sa vie et effectue sa croissance, pour rejoindre les fleuves.
Poisson migrateur de la famille des Clupéidés (comme les harengs et les sardines), elle remonte ensuite les rivières pour se reproduire en eau douce. Dans le Gard, cette migration la conduit principalement vers le Rhône et ses affluents, mais également le Vidourle.

Afin de s’assurer du bon déroulement de la reproduction de l’Alose, des suivis de sa reproduction sont réalisés. 

Le suivi de la reproduction

De manière générale, les suivis des espèces migratrices amphihalines du pourtour méditerranéen sont assurés par l’association Migrateurs Rhône Méditerranée, avec la forte participation des fédérations départementales de pêche et de divers partenaires.

L’objectif est double :
• observer le bon déroulement de la reproduction de l’Alose feinte de Méditerranée,
• évaluer l’efficacité des aménagements réalisés pour assurer la continuité écologique, notamment en mettant en évidence la présence d’individus en amont des ouvrages hydrauliques.

La reproduction de l’alose a lieu la nuit, de mi-avril à mi-juin, lorsque la température de l’eau atteint au minimum 16 °C. À partir du moment où les individus remontent les cours d’eau, il est nécessaire de localiser et de dénombrer les « bulls ».

Le « bull » correspond au comportement de reproduction de l’alose. Il se caractérise par des mouvements circulaires impliquant au moins deux individus, qui frappent simultanément la surface de l’eau flanc contre flanc à l’aide de leur nageoire. Ce comportement, d’une durée de 2 à 5 secondes et pouvant atteindre environ 50 dB, a pour but de favoriser la dispersion des œufs et donc leur fécondation.

Cependant, ce comportement rend également les aloses plus vulnérables à la prédation, notamment par le silure glane. Ainsi, un autre objectif du suivi est de recenser les attaques de silures sur les aloses en cours de bull sur les sites étudiés, afin d’estimer la pression de prédation exercée sur les reproducteurs.

Le protocole : 

Le suivi de la reproduction de l’Alose feinte de Méditerranée de la Fédération repose sur un protocole d’observation nocturne réalisé trois nuits par semaine

Les suivis débutent à 22h00 et se terminent au plus tôt à 01h30. Toutefois, lorsqu’un « bull » est observé, des séquences supplémentaires de 30 minutes sont ajoutées, pouvant prolonger les observations jusqu’à 04h00 au maximum. 

Deux opérateurs sont mobilisés chaque nuit afin d’assurer une surveillance continue depuis leur poste d’observation respectif. 

L’ensemble des données collectées est renseigné sur une fiche de terrain permettant de détailler précisément les observations : localisation des bulls sur une cartographie du site, durée du bull (en secondes), présence éventuelle d’attaques de silures, paramètres environnementaux tels que le débit et les températures de l’eau et de l’air.

Les sites de suivi : 

Comme lors des années précédentes (2017, 2018, 2020, 2021, 2024 et 2025), la Fédération de Pêche du Gard assure cette année le suivi des populations sur le Vidourle, en se concentrant sur trois zones de frayères :

  • Saint-Laurent-d’Aigouze : qui permet de détecter l’arrivée des géniteurs et valider les premières reproduction;
  • Villetelle : une frayère à fort potentiel qui réunit des conditions particulièrement favorable pour la reproduction de l’alose
  • La Roque d’Aubais : une frayère de « substitution » en raison du caractère bloquant du seuil.

Ces trois sites sont situés au niveau d’obstacles à l’écoulement qui augmentent les difficultés rencontrées par l’espèce lors de sa migration : si les deux premiers restent franchissables grâce à des passes à poissons, le seuil de La Roque d’Aubais constitue quant à lui un obstacle infranchissable. Ces obstacles ont notamment contribué au fort déclin des populations à partir du milieu du XXe siècle. 

Quelques résultats bruts

En 2026, le suivi sur le Vidourle a débuté le 08 avril et se terminera le 12 juin.

Jusqu’à aujourd’hui, seulement 5 bulls certains et 7 bulls incertains ont été aperçus sur la nuit du 29 avril et 28 mai à Saint-Laurent-d’Aigouze. Les autres nuits, aucun bull n’a été observé. 

Toutefois, des géniteurs sont bien présents car ils ont été aperçus sur plusieurs nuits, depuis le 08 avril. Sur les nuits réalisées, des aloses ont été vues sur nuits à la fois à Saint-Laurent-d’Aigouze et à Villetelle. 

Grâce à ces nuits, nous avons pu voir que les aloses étaient bien présentes dès le début du mois d’avril dans le Vidourle. Leur présence à Villetelle montre le bon fonctionnement des passes à poisson en aval. 

Ainsi, très peu de bulls ont pu être observés lors des nuits de suivi de reproduction, notamment à Villetelle. Pourtant, la température de l’eau était supérieure à 16°C. Cela pourrait s’expliquer d’une part par la présence de silures au niveau des frayères et d’autre part à cause d’un débit trop élevé pendant plusieurs jours. Le débit moyen journalier a atteint 121 m³/s durant le mois de mai contre un débit médian de 4,5 m³/s.