Après deux années riches en observations, l’étude sur la laitue d’eau, Pistia stratiotes, se poursuit pour une troisième année. La laitue d’eau, observée pour la première fois dans le Gard en 2005 de manière ponctuelle, est présente de façon pérenne dans nos cours d’eau depuis 2016. Pour mieux comprendre son invasion, la Fédération de pêche porte depuis 3 ans un projet pour comprendre son impact et son devenir dans le Gard.
Rappel: qui est Pistia?
Pistia stratiotes, aussi appelée laitue d’eau, est une plante exotique envahissante (PEE). Elle est originaire des zones tropicales et son introduction dans le Gard est liée à l’action humaine. L’origine de son introduction reste inconnue bien qu’il soit probable que cela soit lié à des rejets d’aquariums ou de bassins. Elle est connue pour son apparence de petite laitue formant une rosette verte flottant à la surface. C’est une macrophyte libre flottant, elle n’a donc pas de point d’ancrage. Elle se propage selon le vent et le courant ce qui la rend capable de coloniser rapidement les milieux aquatiques.
La laitue d’eau est thermo-dépendant, sa survie dépend des températures de l’eau. En effet, la Pistia meurt en hiver lorsque les températures se rafraîchissent, mais la douceur des hivers gardois, ne passant pas en dessous des 0°C, permet à la laitue d’eau de survivre. Dès que les températures atteignent 25°C, la croissance de la Pistia stratiotes s’accélère fortement. Elle se reproduit de 2 façons :
- La reproduction végétatif : grâce à des stolons, des tiges aériennes qui forment des rosettes filles qui deviennent autonomes une fois le stolon coupé.
- La reproduction par graines : Au début de l’été, la laitue d’eau forme des fleurs donnant ensuite des fruits, puis de graines. Ces graines sont alors viables et peuvent, l’année suivante, germés aux retours des chaleurs.

Impact de Pistia sur le contre-canal
Aujourd’hui, elle colonise de manière régulière près de 17 kilomètres du contre-canal du Rhône, entre Comps et Aramon. La colonisation se fait à partir de petits foyers qui perdurent pendant l’hiver. La laitue d’eau est souvent retenue par la végétation (comme la jussie) ou des obstacles naturels (arbres penchants, ouvrages hydrauliques), favorisant un regroupement d’individus.
Sa présence en grand nombre forme un tapis dense à la surface de l’eau ayant des impacts pour la faune et la flore aquatique. En bloquant la lumière, elle perturbe toute la colonne d’eau et les plantes immergées en dessous. Cela a un impact sur la qualité de l’eau, la quantité d’oxygène et peut conduire à un état d’eutrophisation. Ces conditions créent alors des habitats inhospitaliers pour la faune locale. Seule la périphérie du tapis peut présenter un intérêt biologique, notamment comme protection des prédateurs pour les alevins.
Son expansion menace également le bon fonctionnement hydraulique du canal, provoquant l’accumulation de débris et le colmatage de certains ouvrages. En effet, on remarque qu’un tapis conséquent se forme au niveau des ouvrages bloquants et s’étend avec l’augmentation des températures estivales.

Zone d’étude
3 années pour mieux comprendre
Depuis trois ans, la Fédération de pêche mène une étude sur la dynamique de la colonisation de Pistia stratiotes sur le contre-canal. Pour ce faire, des prospections mensuelles sont réalisées, afin de cartographier l’étendu du cours d’eau impacté. Tous les mois, un suivi floristique est réalisé afin de surveiller son impact sur la flore indigène. Les inventaires ont révélé une faible présence de plantes autochtones et une prédominance d’espèces exotiques envahissantes comme la jussie et le myriophylle du Brésil.

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ANNÉE 1
La première année de l’étude s’est d’abord intéressée à la qualité de l’eau en comparant celle sous Pistia et celle en dehors de Pistia par des mesures ponctuelles. Ces premiers résultats révèlent des différences pour la température et l’oxygène dissous, tandis que le pH et la conductivité ne semblent pas être affectés par la présence de la laitue d’eau.
Pour continuer cette étude, des sondes mesurant l’oxygène dissous et la température sous et hors Pistia sont installées en continu depuis 2 ans afin de valider cette hypothèse.
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ANNÉE 2
En 2025, l’étude s’est intéressée à la qualité biologique du contre canal grâce à deux approches. Tout d’abord l’IPR (Indice Poissons Rivière), pour lequel on réalise une pêche électrique, ainsi que l’IBGA (Indice Biologique Global Adapté), se basant sur la macrofaune du cours d’eau.
Ces résultats sont disponibles dans l’article ici
Pour compléter, l’étude de la qualité biologique de la zone d’étude, un prélèvement d’ADNe a été réalisé en juin 2026. Cette méthode permet en filtrant l’ADN présent dans l’eau de déterminer une liste complète des espèces présentes dans ce cours d’eau.
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ANNÉE 3
L’étude de cette dernière année s’est intéressée à l’expansion de Pistia en étudiant sa croissance végétale, sa reproduction par stolon et la viabilité des graines de Pistia.

Test de germination des graines
Pistia stratiotes produit des fleurs à partir de juin dans le Gard, qui se transforme fin de l’été en fruit.
En 2025, des graines du contre-canal gardois ont été prélevées, et conservées dans deux technique différentes : un partie dans de l’eau à 5 °C et le reste au sec à température ambiante.
En 2026, après avoir humidifié les graines et les avoir mis sous serres, les graines ont germées. Les graines du contre-canal sont donc viable à la germination. Le protocole de germination a été réalisé deux fois à des températures moyennes différentes de 23 et 27 °C pour évaluer l’impact de la chaleur sur la germination. Nous avons constaté un taux de germination similaire mais une vitesse de germination plus rapide à 27°C.

Germination des graines
Evolution de la biomasse de Pistia
Tous les mois, 1m² de Pistia est prélevé au même endroit. Chaque laitue d’eau est nettoyée et triée par le nombre de stolons partant de son plant mère. Chaque catégorie est alors comptée puis pesée. Ce protocole permet de déterminer la quantité de biomasse produite, ainsi que de déterminer la vitesse de reproduction par stolon.
Les premiers résultats montrent une croissance importante de la biomasse avec l’augmentation des températures, ainsi qu’une augmentation du nombre de stolons par rosette mère comme le montre ce graphique.

Evolution de la biomasse de Pistia
Durant ce protocole, on profite également pour mesurer un échantillon d’individus pour évaluer le volume que représentent les surfaces colonisées. En effet, en mesurant la taille des racines, la taille des feuilles et le diamètre de la rosette, on peut estimer en mètre-cube l’espace occupé sur le contre-canal. Cela permet de comprendre le volume que représentent les surfaces mesurées depuis 3 ans et de mieux comprendre la croissance de cette macrophyte exotique.
Cette étude est l’occasion de rappeler les bons gestes à adopter pour limiter la propagation des espèces exotiques envahissantes.
Nettoyer soigneusement son matériel de pêche, désinfecter les bottes, vider et sécher les contenants avant de changer de plan d’eau sont autant de réflexes qui peuvent faire une réelle différence dans la limitation de leur dissémination. La lutte contre les espèces invasives passe aussi par des gestes simples et à la portée de tous.



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